Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /Nov /2009 01:58

Article publié dans le journal Le Monde le 31/10/2009

Farid Sid, en quête de la reconnaissance des siens


Farid Sid en action, le 10 octobre à Trévise

Envoyé spécial Perpignan

 

Son nom sonne clair, une note musicale, une autre conquérante. Farid Sid est l'un des ailiers de l'USAP (Union sportive Arlequins Perpignan) qui accueille, vendredi 30 octobre, le leader surprise du Top 14, Castres. Deux points seulement séparent les Tarnais des Catalans, dont l'affrontement constitue le match phare de la 11e journée du championnat. Ancien membre de l'équipe de France A et de rugby à 7, Farid Sid n'a pas la notoriété de ses coéquipiers internationaux David Marty ou Maxime Mermoz, mais il est l'une des pièces maîtresses de l'USAP.

Ce n'est pas toujours simple d'être Farid Sid. Pas vraiment taiseux mais pas expansif non plus, ce joueur de 30 ans se sent un peu coincé dans ce moyen terme. "On a vite fait de te taxer d'individualiste quand tu es réservé", constate-t-il. Les gens qui ont réussi clament souvent qu'il ne faut jamais oublier d'où l'on vient. Farid Sid, lui, montre d'où il est issu. Après la séance d'entraînement, direction la cité du Réart, à Rivesaltes, où il a passé son enfance. C'est dans ce quartier qu'ont été relogées certaines des familles de harkis auparavant cantonnées dans le sinistre camp de Rivesaltes.

"Etre petit-fils de harkis, on ne peut pas dire que ce n'est pas important. Ce serait nier le sacrifice de mes grands-parents, mais, dans un sens, ce n'est pas moi le harki, explique-t-il. Il ne faut pas que ce soit un poids, mais il n'y a toujours pas de reconnaissance réelle de cette histoire et de ses protagonistes. Nous, les jeunes, on peut obtenir une forme de reconnaissance en étant quelqu'un de bien. Malheureusement, pour les gens issus de l'immigration, cela intervient trop souvent grâce au sport ou la chanson. "

En attendant une reconnaissance des faits, une reconnaissance des lieux fera l'affaire. Farid Sid se charge de la visite guidée. En face de l'une des entrées du camp de Rivesaltes, les stèles s'alignent sur le bord de la route : hommages aux républicains espagnols, aux juifs, aux tsiganes, aux harkis et aux étrangers en situation irrégulière qui se sont succédé dans ces baraquements de 1940 à 2007. Au bout d'un long chemin de gravillons, ce qu'il reste des bâtiments.

Ces lieux "bien cachés, bien loin de tout", font donc partie de l'histoire de Farid Sid. Ils devraient accueillir en 2012 un musée mémorial. Dans ce cadre, le joueur participera à une commission mémoire avec l'un de ses grand-pères. "Mes grands-parents ont tellement voulu ne pas faire de vagues qu'ils en ont oublié de vivre, déplore-t-il. Le sentiment d'infériorité qu'ont vécu les harkis, on naît avec ça, on grandit avec, et c'est dur de s'en défaire. "

Jean-Luois ARAGON

 

Par ACH-Ile de France
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